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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 06:00

Les Coréens de l'ex-URSS constituent, quantitativement, la quatrième communauté coréenne la plus nombreuse en dehors de la péninsule coréenne, après les diasporas coréennes en Chine, aux Etats-Unis et au Japon. Mais, historiquement, les Coréens de Russie sont les premiers à avoir dû quitter leur pays pour l'Extreme-Orient dès les années 1860, avant leur migration forcée en Asie centrale en 1937.

 

Forte d'un demi-million de personnes (461.145 selon les statistiques du gouvernement sud-coréen en 1995), la diaspora coréenne dans les ex-Républiques soviétiques est présente principalement en Ouzbékistan (220.000 personnes), en Russie (108.000), au Kazhakstan (104.000) et au Kirghizistan (18.000).

Les premières vagues de migrations datent du début des années 1860 : les difficultés économiques dans la péninsule conduisent un nombre croissant de paysans coréens à traverser la frontière coréano-russe et à s'établir dans l'Extrême-Orient russe, à une période où les autorités de Pékin interdisaient alors l'installation de populations non-chinoises dans les terres sacrées du Nord-Est de la Chine. Si seulement 13 familles coréennes sont recensées en Russie en 1863, leur nombre augmente très nettement après la famine de 1869 : en 1882, plus de 20.000 Coréens sont recensés dans le territoire de l'Extrême-Orient russe (45.000 personnes en 1908), alors bien accueillis par les autorités locales russes en vue de mettre en valeur des territoires sous-peuplés. Certains Coréens, naturalisés (appelés "Wonho", par distinction avec les Coréens non naturalisés appelés "Yoho"), peuvent alors devenir propriétaires des terres qu'ils cultivent, avant que la défaite russe dans la guerre russo-japonaise de 1904-1905 ne conduise à la remise en cause de ce droit, sous l'influence du Japon.

Les Coréens de Russie ont été actifs dans les mouvements de lutte contre la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945) : après le mouvement d'indépendance du 1er mars 1919, les dirigeants des communautés coréennes russes se sont réunis à Shinhanchon, le quartier coréen de Vladivostok, le 17 mars 1919, pour traduire en russe et envoyer aux autorités consulaires russes la déclaration d'indépendance, tout en organisant des manifestations de rue. Les autorités japonaises réagissent en détruisant le quartier de Shinhanchon en avril 1920, les combattants coréens présents en Russie se repliant ensuite principalement en Mandchourie.

Pendant la guerre civile en Russie, les Coréens ont combattu aux côtés des Bolchéviques. Parmi eux, Ri Dong-hwi (appelé Yi Dong-hwi en Corée du Sud), a été membre du Parti socialiste coréen à Khabarovsk, avant d'être l'un des fondateurs du Parti communiste Koryo puis ministre du gouvernement coréen en exil.

Après que le Japon eut déclaré que l'URSS était une puissance ennemie, les Coréens d'Extrême-Orient - assimilés aux Japonais par Tokyo - sont traités comme une minorité ennemie et contraints par les autorités soviétiques à une migration forcée en Asie centrale en 1937. Ils y introduisent la culture du riz et sont très actifs dans 34 kolkhozes et 1 sovkhoze, dont le kolkhoze modèle de Politotdel.

La migration des Coréens en Asie centrale, fruit d'une mésinterprétation sur les sentiments antijaponais des Coréens, a eu des conséquences tragiques sur les plans humain et culturel. De nombreuses personnes, notamment les enfants et les personnes âgées, sont décédées pendant leur déplacement, tandis que l'apprentissage du coréen a été interdit. La grande majorité des Coréens de l'ex-URSS ne parle ainsi plus coréen, même si les traditions culinaires - ainsi que les cérémonies du dol (premier anniversaire) et du hwangap (soixantième anniversaire) - sont restées très vivantes. Les nouveaux arrivants en Asie centrale ont montré une grande capacité à s'intégrer, occupant souvent des postes intellectuels dès la deuxième génération. Mais l'assimilation de la culture russe a été le corollaire de cette intégration réussie.

Pendant la pérestroïka, les autorités soviétiques ont reconnu les droits des populations soumises à des déplacements forcés, dont les Coréens. L'effondrement de l'URSS a toutefois ensuite conduit à des affirmations identitaires dans les Républiques d'Asie centrale, au détriment des minorités coréennes de ces pays. 

Malgré la déportation de 1937, plus de 100.000 Coréens vivent encore en Russie, notamment 40.000 Coréens dans l'île de Sakhaline, amenés de force par les Japonais pour exploiter ce territoire à la fin de la Seconde guerre mondiale, avant d'être oubliés dans les accords nippo-soviétiques ayant autorisé le rapatriement des seules populations japonaises. D'autres communautés coréennes en Sibérie sont présentes dans les régions de Vladivostok (30.000) et Khabarovsk (20.000). Il s'agit notamment de Nord-Coréens venus travailler dans les secteurs du bois, de la pêche et de la construction, conformément à des accords entre Moscou et Pyongyang. 

*

*     * 

 

Références :

- Lee Kwang-gyu, Overseas Koreans, Jimoondang Publishing Company, Korean Studies n° 19,
Seoul
, 2000. ISBN 89-88095-18-9 ;

-"
La participation coréenne et chinoise à la guerre civile russe", sur le forum (en anglais) Axis History.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 23:35

Après la fin de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), de nombreux Coréens sont restés dans l’archipel nippon, lequel abrite aujourd’hui une communauté coréenne d’environ 700 000 personnes. Ayant dû choisir entre la citoyenneté de l’un ou l’autre des Etats coréens, les Coréens du Japon ont aujourd’hui la nationalité sud-coréenne (65 %) ou nord-coréenne (35 %). Alors que la reconnaissance des droits nationaux des Coréens du Japon constitue toujours un combat permanent, les sanctions prises contre le Japon depuis 2006 ont frappé en premier lieu la communauté nord-coréenne de l’archipel. L’AAFC exprime sa solidarité avec les Coréens du Japon pour la reconnaissance de leurs droits nationaux et du respect des droits de l’homme les concernant.

 

Une présence ancienne dans l’archipel nippon

 

La présence de Coréens au Japon est un héritage de la brutale colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), laquelle a nié l’identité coréenne en forçant les Coréens à adopter la langue et un nom japonais, tandis que le Japon refuse toujours de s’excuser pour la prostitution forcée des « femmes de réconfort » coréennes pendant la Seconde guerre mondiale.

 

Les migrations de Coréens au Japon, volontaires ou forcées, ont commencé principalement après la répression du mouvement d’indépendance coréen du 1er mars 1919. Employés surtout dans l’industrie et les mines, les Coréens du Japon ont connu les conditions de vie les plus difficiles parmi l’ensemble des Coréens d’outre-mer. Alors que le Japon n’a pas de culture d’acceptation des minorités, de nombreux Coréens furent massacrés après le tremblement de terre de Kando le 1er septembre 1923, suite à une rumeur prétendant que les Coréens avaient empoisonné l’eau d’un puits pour tuer des Japonais.

 

Les flux migratoires augmentèrent de manière continue pendant la colonisation japonaise, le déclenchement du second conflit mondial ayant entraîné la mobilisation forcée de centaines de milliers de Coréens dans l’armée, les mines et les industries, notamment d’armement.

 

Lors de la capitulation japonaise, en 1945, plus de deux millions de Coréens vivaient dans l’archipel nippon. Si un grand nombre d’entre eux choisirent le rapatriement, à l’instar de leurs compatriotes installés en Chine et en Russie, 600 000 Coréens restèrent au Japon où ils ont continué à subir différentes formes de discrimination.

 

Selon le gouvernement sud-coréen, 696 811 Coréens résidaient au Japon en 1993 (auxquels s’ajoutaient 32 776 résidents non permanents), principalement dans les provinces d’Osaka (249.255), de Tokyo (149 001), de Kobe (83 653) et de Nagoya (77 152).

 

Discrimination et division de la communauté coréenne

 

L’organisation de la communauté coréenne du Japon en associations fortement organisées est née de la nécessité de préserver une identité propre et de faire face aux besoins de la vie quotidienne, comme l’accès à une éducation en coréen ou aux services bancaires. La fermeture par le gouvernement japonais de l’ensemble des écoles en langue coréenne (qui ne sont toujours pas reconnues comme des établissements scolaires) en 1949, et plus généralement les restrictions aux droits des Coréens du Japon, ont été mises en place avec le soutien de l’occupant américain aux autorités japonaises, le Commandement Suprême des Forces Alliées (SCAP). C’est notamment le SCAP qui a adopté, le 1er novembre 1945, les mesures limitant le montant des sommes et les bagages que pouvaient emporter avec eux les Coréens retournant dans leur patrie.

 

La minorité qui a choisi l’assimilation a été obligée d’adopter un nom et un mode de vie japonais, après avoir produit plus de seize documents administratifs. Les mariages mixtes entre Coréens et Japonais, bien qu’en hausse (55 % en 1979), restent socialement mal perçus par la société japonaise.

 

La division de la Corée s’est reproduite au sein de la communauté coréenne du Japon :

 

·        - L’Association générale des résidents coréens du Japon (en coréen : Chae Ilbon Chosonin Chongryonhaphoe, généralement abrégée en Chongryon ; en japonais : Chosen Soren) a été fondée, suite au regroupement de plusieurs association d’inspiration socialiste (notamment la Choryon), le 25 mai 1955 par Han Deok-su (ci-contre : cérémonie à Tokyo, en mai 2005, à l'occasion du 50ème anniversaire de la fondation de la Chongryon) ; ses membres sont citoyens de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; les activités de la Chongryon sont basées sur les idées du juche ;

 
-  l’Union des résidents coréens du Japon (en coréen Chae Ilbon Taehan Minguk Mindan, généralement abrégée en Mindan ; en japonais : Zai-Nihon Daikanminkoku Mindan) a été fondée en 1946, suivant une orientation anticommuniste ; les Coréens de la Mindan sont citoyens de la République de Corée (du Sud).

 

Alors que 90 % des Coréens du Japon étaient originaires du sud de la péninsule, les membres de la Mindan représentent aujourd’hui 65 % de la communauté coréenne du Japon, contre 35 % pour la Chongryon. Cette surreprésentation de la Chongryon par rapport aux origines géographiques de ses membres s’explique notamment par le fait que, contrairement à la Corée du Nord, il n’y a pas eu d’épuration administrative des anciens collaborateurs du gouvernement japonais en Corée du Sud. Alors que de nombreux Sud-Coréens du Japon ne parlent plus que japonais, la Chongryon a davantage préservé la culture et la tradition coréennes, notamment à travers un réseau d’éducation en coréen plus développé que la Mindan.

 

Chacune des deux associations compte aussi ses propres organisations de jeunesse et de défense des femmes, ainsi que des associations professionnelles, une chambre de commerce (incluant également la fourniture de services sociaux, par exemple face aux refus de propriétaires japonais de louer à des Coréens) et une union commerciale. Hormis quelques journaux neutres, les titres de presse sont pro-Mindan (dont un quotidien) ou pro-Chongryon (parmi lesquels trois quotidiens).

 

Vers la réconciliation des Coréens du Japon ?

 

La guerre de Corée a accentué les antagonismes entre les associations d’inspiration socialiste et la Mindan anticommuniste : alors que les premières ont procédé à des actions de guérilla antiaméricaines sur le sol japonais, la seconde a enrôlé des volontaires (qui ont formé la 7ème division des Troupes américaines) pour combattre avec les troupes des Nations-Unies sous commandement américain.

 

La RPD de Corée a apporté un soutien actif aux écoles de la Chongryon après la guerre de Corée : en avril et en octobre 1957, des dotations de 221 millions de yen ont permis d’organiser plus de cent écoles, du primaire à l’université). Environ 100 000 Coréens du Japon émigrèrent ensuite en RPD de Corée, principalement entre 1959 et 1962, avec le soutien de la Chongryon, et malgré la vive opposition de la Mindan qui essaya de s’opposer à leur départ pour la Corée.

 

Le traité nippo–sud-coréen de 1965, qui a normalisé les relations entre les deux Etats, a été adopté malgré l’opposition non seulement de la Chongryon, mais également de la Mindan, jugeant insuffisant le nouveau statut de résident permanent.

 

Le 15 août 1974, le Président sud-coréen, le général Park Chung-hee, échappe à Séoul à un attentat du Coréen du Japon Mun She-kwang, originaire d’Osaka, membre de la Chongryon. La femme du général Park meurt. L’état d’urgence est déclaré à Osaka, où des combats de rue entre Coréens conduisent la Mindan à attaquer le bureau régional de la Chongryon.

 

En dépit de ces relations conflictuelles entre Mindan et Chongryon, les Coréens du Japon ont progressivement développé des liens personnels. Le 17 mai 2006, un accord historique a été signé entre le Président de la Chongryon, So Man-sul, et son homologue de la Mindan, Ha Byung-ok, au terme duquel les deux organisations s’engageaient sur la voie de la réconciliation et de la réunification de la Corée, sur la base de la déclaration conjointe du 15 juin 2000. Mais la Mindan a ensuite exclu son Président Ha Byung-ok en critiquant vivement cet accord.

 

Un statut actuel discriminatoire

 

Conformément à la loi d’enregistrement des étrangers, les Coréens du Japon doivent être enregistrés à partir de 14 ans puis tous les trois ans et à chaque changement de domiciliation. Les Coréens du Japon ont également une carte d’identité spéciale. Le relevé obligatoire des empreintes digitales qui leur est imposé est par ailleurs réservé aux seuls délinquants japonais.

 

Le rapatriement en Corée est obligatoire en cas de condamnation à une peine de prison d’au moins six années. Cette disposition a aussi été détournée pour des rapatriements forcés de Coréens pauvres ou handicapés mentaux.

 

Les Coréens n’ont le droit d’occuper aucun emploi public. Bien que soumis aux mêmes impôts que les Japonais, ils restent exclus du bénéfice de la moitié des prestations sociales ouvertes aux Japonais. Ces discriminations fondées sur la nationalité sont contraires à la Convention internationale des droits de l’homme, ratifiée par la Diète japonaise en 1979.

 

Faute de sanction de telles discriminations dans la loi japonaise, les écoles privées et les universités peuvent refuser l’accès des étudiants coréens. Les brimades et les abus ont conduit des suicides, notamment lors de l’affaire Lim Hyun-il en septembre 1979 : étudiant de père coréen et de mère japonaise, il s’est suicidé après des viols collectifs commis par ses camarades de classe, et décrits dans son journal intime.

 

Parmi les discriminations à l’embauche, le cas de Park Chong-suk est le plus célèbre : embauché par Hitachi en 1970, l’entreprise est revenue sur sa décision lorsque la consultation de son registre familial a fait apparaître qu’il était coréen. Après une campagne de protestation internationale et de boycott d’Hitachi, un jugement favorable à Park Chong-suk a forcé Hitachi à l’embaucher en lui versant des arriérés de salaires.

 

L’affaire Hitachi a conduit à développer les campagnes civiques pour l’égalité des droits des Coréens du Japon, en particulier dans le domaine social et contre le relevé obligatoire des empreintes digitales. Elle a conduit également à une réaffirmation de l’identité coréenne, en particulier culturelle et linguistique, notamment parmi les plus jeunes générations au sein de groupes d’entraide entre étudiants. Les Coréens du Japon, dont certaines familles sont établies dans l’archipel depuis près de 90 ans, ont aussi conduit des campagnes nationales pour l’obtention du droit de vote aux élections provinciales.

 

Les discriminations dont sont victimes les Coréens du Japon conduisent cependant la majorité à dissimuler leur identité coréenne, par exemple en utilisant un nom japonais dans les actes de la vie quotidienne.

 

Les Nord-Coréens du Japon, cible des sanctions japonaises contre la RPD de Corée

 

A ces discriminations qui touchent l’ensemble de la communauté coréenne du Japon, se sont ajoutées les sanctions prises par le Japon contre la RPD de Corée après l’essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006, et qui visent en premier lieu la Chongryon :

 

·         interdiction des voyages par ferry entre la Corée et le Japon, empêchant de nombreux Coréens du Japon, notamment les personnes âgées et handicapées, de se rendre dans leur pays, la RPDC, compte tenu également du coût quatre à cinq fois plus élevé du transport par avion ;

 

·         remise en cause du régime d'exonération fiscale des bâtiments de la Chongryon (ci-contre, le siège de la Chongryon) ;

 

·         descentes de police dans les établissements de la Chongryon, y compris les écoles, sous couvert de lutte contre le terrorisme ou de non-respect des règles fiscales, alors que d'ordinaire de telles infractions supposées donnent lieu préalablement à des règlements amiables ;

 

·         interdiction de manifestations culturelles ;

 

·         entraves à l'aide qu'a voulu apporter l'Association des résidents coréens du Japon à la RPDC après les très graves inondations d'août-septembre 2007 dans ce pays...

 

Ces mesures prennent place dans un contexte de multiplication des atteintes aux personnes et d'intimidations (par exemple, la destruction des bureaux de la Chongryon à Okayama par un incendie criminel), mollement réprimées par les autorités japonaises. Le 16 septembre 2006, le Président de la Chongryon a par exemple été destinataire d'une lettre de menaces contenant, à l'intérieur, un doigt coupé.

 

Face à la multiplication des atteintes aux droits de l'homme, qui ont conduit la Chongryon à saisir le conseil des droits de l'homme des Nations-Unies, l’AAFC a exprimé, par lettre, son entière solidarité avec les Coréens du Japon, refusant qu'ils soient pris en otage par le gouvernement japonais dans ses relations avec la RPDC.

 

Plus généralement, l’AAFC plaide pour la pleine reconnaissance des droits nationaux et des droits de l’homme des Coréens du Japon.

 

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*     * 

 

Principale référence : Lee Kwang-gyu, Overseas Koreans, Jimoondang Publishing Company, Korean Studies n° 19, Seoul, 2000. ISBN 89-88095-18-9.

Photos : AP

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 23:44

Après les Coréens de Chine et du Brésil, le comité Bourgogne de l'AAFC présente l'une des plus importantes minorités coréennes outre-mer : les Coréens Américains représentent une communauté de 1,8 million de personnes. Si les premiers arrivants ont débarqué à Hawaï il y a plus d'un siècle, la majorité des Coréens Américains vivent aux Etats-Unis depuis moins de deux générations.

Des vagues successives de migrations

L'histoire des Coréens aux Etats-Unis retrace plusieurs vagues de migrations :

- de 1903 à 1905, la première migration officielle autorisée par le gouvernement coréen, avant une mesure générale d'interdiction édictée par les Japonais, a conduit 7.000 Coréens à rejoindre les plantations de sucre à Hawaï, où ils ont subi une intense exploitation économique, levés à 4 heures du matin pour accomplir un travail des plus pénibles ;

- pendant la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), plus de 500 étudiants, actifs dans les mouvements d'indépendance, rejoignirent les Etats-Unis entre 1910 et 1918, alors que l'immigration légale, entre 1921 et 1940, de quelque 300 étudiants, munis d'un passeport japonais pour compléter leurs études aux Etats-Unis, a été entièrement distincte du mouvement en faveur de l'indépendance ; par ailleurs, de 1910 à 1924, les Coréens de Hawaï, majoritairement des hommes célibataires, furent rejoints par plus de 1.000 Coréennes à qui ils avaient envoyé leur photo, et qui avaient été attirées par la promesse d'une vie meilleure ;

- alors que seulement 10.000 Coréens vivaient aux Etats-Unis en 1945, les mouvements migratoires ont augmenté :
. d'une part, suite à la guerre de Corée, qui occasionna des mariages mixtes entre des Coréennes et des GI's américains ainsi qu'un vaste mouvement d'adoption d'orphelins coréens par des couples américains (les Etats-Unis comptent 110.000 adoptés d'origine coréenne, qui ne sont plus qu'en minorité des orphelins, sur 150.000 Coréens adoptés), 
. d'autre part, du fait de quotas relativement importants d'immigration coréenne aux Etats-Unis (20.000 par an à partir de 1965, puis 30.000 par an à partir de 1976), ce qui a encouragé un important mouvement de "fuite des cerveaux" (brain drain), notamment d'étudiants coréens dont beaucoup ont choisi de rester aux Etats-Unis.

La vague de migration récente, dévenue numériquement prédominante, a concerné une population hautement qualifiée, ce qui n'a pas été sans poser de problèmes de déclassement social lorsque les emplois occupés ont été inférieurs aux qualifications scolaires et professionnelles.

Les Coréens américains et la lutte pour l'indépendance

Un des épisodes les plus connus de la lutte pour l'indépendance de la Corée aux Etats-Unis est l'assassinat, en 1908, de Durham White Stevens, conseiller diplomatique américain au Japon. Farouche partisan de la colonisation japonaise de la Corée, Stevens a été tué par Chang In-whan le 23 mars 1908 à San Francisco, ce qui a entraîné la formation du premier mouvement d"indépendance coréen aux Etats-Unis, le Kukminhoe, Association coréenne pour la libération de Chang In-whan.

Parmi les dirigeants du mouvement d'indépendance aux Etats-Unis figurent An Chang-ho, militant d'une émancipation par l'éducation, Park Yong-nam, à l'origine de la création d'unités de guérilla en Mandchourie, et Syngman Rhee, partisan d'une reconnaissance de la Corée par la voie diplomatique. A ce titre, Syngman Rhee est devenu président du gouvernement provisoire de la Corée établi à Shanghaï, puis premier président de la République de Corée du Sud,
à l'issue d'élections séparées organisées dans la seule moitié méridionale de la péninsule.

Une organisation sociale communautaire très intégrée

Un tiers des Coréens Américains vivent aujourd'hui en Californie, les Etats américains les plus représentés étant ensuite New York (12 %), l'Illinois (5 %) et le New Jersey (5 %). Les villes de Los Angeles, New York et Chicago comptent des quartiers coréens ou Koreatowns (en bas et à droite, à Manhattan).

Les communautés coréennes aux Etats-Unis sont très organisées, autour de plus de 100 associations locales de résidents dont les présidents sont élus pour un mandat de deux ans (à l'origine notamment des manifestations comme la parade coréenne le Jour de la Corée, Korean Day), de chambres de commerce, d'associations athlétiques et surtout d'églises autour desquelles s'organisent la vie sociale. En 1992, outre 50 temples bouddhistes, on comptait 2.620 églises coréennes chrétiennes aux Etats-Unis, dont 650 appartenaient au mouvement baptiste, 680 aux différentes obédiences presbytériennes (250 églises pour les presbytériens américains et 230 pour les presbytériens coréens) et 300 à l'union méthodiste.

Si les activités économiques ont d'abord concerné le commerce de détail, non sans créer de graves incidents avec la communauté africaine américaine, certaines grandes entreprises américaines d'informatique sont  également coréennes : Ten Tron Co, à Boston, de Johan Cho, Televideo Co., créée par Philip Hwang, et Diamond Co., à San Jose, de Chong-mun Lee.

La vie sociale est caractérisée par une émanicipation des femmes, dont une majorité travaillent et maîtrisent souvent mieux l'anglais que leur mari, par rapport au modèle coréen traditionnel à forte connotation patriarcale, ainsi que par une assimilation rapide des enfants, dont beaucoup ne parlent plus qu'anglais.

Principale référence bibliographique : Lee Kwang-kyu, Overseas Koreans, Jimoondang Publishing Company, Séoul, 2000, collection Korean Studies, n° 19. ISBN 89-88095-18-9.

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 00:04

Le comité régional Bourgogne de l'AAFC poursuit son tour du monde des Coréens d'outre-mer. Après les Coréens de Chine, il présente aujourd'hui la communauté coréenne numériquement la plus importante en Amérique du Sud : les Coréens du Brésil.

Forte de 38.131 personnes, en 1995, selon les statistiques du ministère sud-coréen des Affaires étrangères, la minorité coréenne du Brésil est numériquement la plus importante des communautés coréennes vivant en Amérique du Sud, devant l'Argentine (32.387 Coréens). La majorité vivent dans les zones urbaines, et notamment les grandes villes, au premier rang desquelles Sao Paulo.

La présence coréenne au Brésil est récente : c'est en 1956 que 50 Nord-Coréens et 5 Coréens chinois, ne voulant choisir ni la Corée du Nord ni la Corée du Sud au lendemain de la guerre de Corée (1950-1953), s'établissent au Brésil, après avoir transité par l'Inde. Ils formeront un grand nombre des futurs dirigeants de la communauté coréenne du Brésil, suite à la promulgation de la loi sud-coréenne sur l'émigration de 1962, laquelle a autorisé les départs légaux de Coréens en dehors de la péninsule.

Le 18 décembre 1962, 92 Coréens appartenant à 17 familles quittèrent le port de Pusan pour le Brésil, où ils arrivèrent à Santos le 12 février 1963, après des escales à Hong Kong, au Cap et à Rio de Janeiro . Si le gouvernement sud-coréen avait prévu qu'ils s'établissent comme paysans, tant leur manque de connaissance des méthodes d'exploitation agricole à grande échelle qu'un environnement naturel hostile les conduisit, en fait, à se disperser, en majorité, dans la banlieue de Sao Paulo, et pour d'autres dans une ferme japonaise.

Pareille déconvenue attendit les deuxième, troisième et quatrième vagues de migrants. Ce ne sont que les Coréens de la cinquième vague de migration qui purent enfin s'établir comme paysans, avec le soutien de l'Eglise catholique.

En 1967, la communauté coréenne du Brésil s'élevait à 2.000 personnes, dont un tiers de vendeurs de vêtements ou de cordonniers, un tiers de marchands de fruits et légumes, et un dernier tiers travaillant dans des restaurants. Comme les candidats à l'émigration ne pouvaient emporter qu'une somme limitée d'argent et un peu de vêtements, la vente d'habits s'imposa souvent comme une nécessité. La plupart occupaient des métiers plus qualifiés, notamment intellectuels, en Corée.

Les années 1970 et 1971 marquent une accélération dans les migrations de Coréens vers le Brésil, où s'installent plus de 2.000 personnes, qui choisirent souvent le commerce de vêtements, en établissant à présent des liens avec des fournisseurs à Séoul. Le commerce de vêtements à Sao Paulo est aujourd'hui dominé par les entreprises des Coréens du Brésil.

Les Coréens du Brésil, dont beaucoup ont d'abord vécu dans les bidonvilles, représentent ainsi un exemple d'intégration sociale réussie. Ils se sont organisés en associations de résidents et en associations spécifiques (pour les jeunes, les femmes et le sport) ,dont l'organisation rappelle celle des Coréens des Etats-Unis.

Comme en Corée du Sud, les familles investissent fortement dans l'éducation de leurs enfants, dont elles financent - quand elles en ont les possibilités - des études aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Beaucoup choisissent de rester dans ces pays.

Outre la minorité coréenne du Brésil, des Nord-Coréens travaillent également au Brésil, suivant un cadre défini par accord inter-gouvernemental, notamment dans le commerce international. 

Principale référence bibliographique : Lee Kwang-kyu, Overseas Koreans, Jimoondang Publishing Company, Séoul, 2000, collection Korean Studies, n° 19. ISBN 89-88095-18-9.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 20:32

Dans le cadre de sa spécialisation dans la connaissance des Coréens d'outre-mer, le comité régional de l'AAFC en Bourgogne s'est intéressé à la plus minorité coréenne la plus nombreuse en dehors de la péninsule : les deux millions de Choseonjok forment l'une des 55 minorités nationales de la Chine.

Au sein de la diaspora coréenne, les deux millions de Coréens vivant en Chine (en chinois : 朝鮮族 chaoxianzu, en coréen : 조선족 choseonjok) constituent la communauté numériquement la plus importante.

Une présence en Chine depuis plus d'un siècle

Si une partie du nord-est de la Chine était un territoire coréen à l'époque du royaume du Koguryo (tombé en 668, voir ci-joint la carte de la Corée à l'époque des Trois Royaumes, du Ier siècle avant J.C. au VIIème siècle après J.C.), les populations qui vivaient sur ce territoire ont été depuis sinisées. L'actuelle communauté coréenne chinoise, vivant au-delà du fleuve Amnok (Yalu en chinois), s'est installée à partir du XIXème siècle :

- la famine de 1869 a entraîné, en Chine comme en Russie, une première vague de migration dont l'installation a finalement été acceptée par le gouvernement chinois, malgré le statut sacré des terres ainsi occupées dans la province de Jilin ; en 1907, 50.000 Coréens habitaient déjà la région de Yonbyon, au sud-est de la province de Jilin ;

- la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945) a conduit de nombreux Coréens à se réfugier en Chine, où il ont constitué la base arrière des mouvements indépedantistes coréens tout en s'illustrant plus encore que les Chinois dans le mouvement communiste au Mandchoukouo, dans la lutte contre l'envahisseur japonais ;

- à nouveau engagés aux côtés des communistes dans les combats contre le Guomintang, après la capitulation japonaise,  les combattants coréens s'illustrèrent particulièrement dans la bataille de Changchun, en 1946 ; 70.000 Coréens étaient enrôlés au sein de la Quatrième Armée populaire.

L'établissement de la République populaire de Chine permit aux Coréens, pour la première fois, de devenir propriétaires des terres qu'ils cultivaient.

Les Coréens de Chine s'engagèrent activement dans l'armée des volontaires chinois qui combattit, aux côtés des Nord-Coréens, durant la guerre de Corée (1950-1953), pendant que les civils firent des collectes pour approvisionner en matériel de guerre leurs compatriotes nord-coréens - jusqu'à permettre l'achat d'un avion.

La solidarité entre Coréens de Chine et Coréens de Corée du Nord joua à nouveau pendant les difficultés alimentaires que connurent l'un et l'autre pays : de nombreux choseonjok furent accueillis en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) pendant le Grand bond en avant, tandis que beaucoup de Nord-Coréens se replièrent en Chine lors de la dure marche, en Corée du Nord, au cours de la seconde moitié des années 1990. Dans les deux cas, la plupart des migrants revinrent dans leur pays d'origine après l'amélioration de la situation économique.

Arrêté et déporté au cours de la Révolution culturelle, le leader des Coréens de Chine, Ju Deok-hae, est une figure éminente et respectée de la diaspora coréenne en Chine.

Deux millions de chosonjeok

Selon les statistiques du gouvernement sud-coréen, en 1995, 1.940.398 Coréens vivaient en Chine, dont plus de la moitié dans la province de Jilin (1.182.714, dont 821.479 dans la préfecture de Yeonbyeon), 452.633 dans le Heilong Jiang, 231.462 dans le Liaoning, 22.641 en Mongolie intérieure et 11.848 à Pékin.

Les choseonjok constituent, en nombre, la quatorzième plus importante minorité nationale en Chine, parmi les cinquante-cinq minorités nationales chinoises. La politique des minorités appliquée par Pékin a permis à la minorité nationale coréenne de développer sa langue et sa culture. En particulier, une université en coréen est établie dans la préfecture de Yeonbyeon.

Le niveau de vie et d'éducation des Coréens de Chine est supérieur à la moyenne de la Chine.


Yeonbyeon (en chinois Yanbian), dont la capitale est Yongil (en chinois, Yanji), a le statut de préfecture autonome depuis 1952 (préfecture autonome coréenne de Yeonbyeon : en chinois 延边朝鲜族自治州, en coréen 연변조선족자치주), dans le contexte de la guerre de Corée, en récompense notamment de la bravoure des combattants coréens chinois depuis les combats contre le Japon. C'est la seule région coréenne autonome en dehors de la péninsule coréenne. Une étude de 1997 a montré que les Coréens formaient 40 % de la population de la préfecture ( 57 % de Chinois).

La minorité coréenne de Chine compte également un comté autonome (Changbak) et 42 villages autonomes, situés dans les provinces de Heilong Jiang (29), Jilin (7), Liaoning (3) et de Mongolie intérieure (3). Chaque village autonome compte une école, signe de l'importance accordée par tous les Coréens, du Nord, du Sud comme de la diaspora, au système éducatif.

Références bibliographiques :
- Lee Kwang-kyu, Overseas Koreans, Jimoondang Publishing Company, Séoul, 2000, collection Korean Studies, n° 19. ISBN 89-88095-18-9.
- Bernard Olivier, "Les fluctuations de l'identité des Coréens de Chine", in Yim Seong-sook (sous la direction de), La Corée. Le peuple et ses valeurs culturelles d'hier à aujourd'hui, presses de l'université de Montréal, 2000, pp. 125-138.


Autres articles sur les Coréens de Chine :
- Cho Nam-gi, une figure politique et militaire des Coréens en Chine
-
Ju Deok-hae, une figure éminente des Coréens de Chine
- Les délégués d'origine coréenne au 17ème Congrès du PC chinois

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